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[film chinois][2007][Election 1][Hak se wu]


"Election 1" : une guerre des clans autour d'un sceptre

LE MONDE | 02.01.07 | 16h14  •  Mis à jour le 09.01.07 | 08h34


La violence froide est de rigueur dans le film chinois de Johnnie To, "Election 1" ("Hak Se Wui".

ARP SÉLECTION








u bord d'une route de Chine continentale, deux hommes se disputent la possession d'un sceptre. A terre, blessé, le plus vieux des deux a beau se faire rouer de coups par son cadet, il reste agrippé à l'objet convoité. Mi-candide, mi-stoïque, il récite à chaque nouvel assaut un des commandements du code de l'honneur de la triade hongkongaise à laquelle tous deux appartiennent. Un téléphone sonne, l'agresseur décroche : un renversement d'alliance a eu lieu à Hongkong, les deux combattants sont désormais dans le même camp. Quelques excuses bafouillées et les deux repartent ensemble, avec le sceptre.
Formidablement mise en scène, cette séquence dont l'enjeu est le sceptre, symbole du pouvoir absolu au sein de la triade, est emblématique du film. Elle choque par sa brutalité, tout en recelant une charge grotesque phénoménale. Malgré un traitement réaliste, la triade, ses membres, son code de l'honneur et sa politique y sont ridiculisés. Et ce d'autant mieux que le téléphone portable autorise une économie narrative. L'écheveau des contradictions qui s'y jouent est ramassé en une séquence unique, au lieu d'être dilué dans le temps, l'espace et la rhétorique.
La possession de ce sceptre valide les résultats de l'élection qui a lieu chaque année au sein de la triade, et qui sont ici contestés par Big D. Adversaire malheureux du vainqueur, Lok, un homme calme et posé, Big D est un fou violent, qui avait tellement soudoyé les membres de l'organisation qu'il était sûr de l'emporter. Mais c'était sans compter sur le fait que, dans ce processus électoral singulier, la majorité n'impose pas toujours sa loi. Contre le nombre, de fait, le patriarche a imposé la sienne et a déclenché une guerre des clans.
Pure mascarade, cette élection apparaît comme une métaphore de celles de la jeune démocratie hongkongaise. L'argent est roi, et le rôle de l'Etat doit être de maintenir l'empire de ses détenteurs en garantissant l'ordre et la sécurité. Quand la guerre éclate entre les deux clans, la police en fait incarcérer les membres influents. Mais elle intervient presque en amie. Depuis leurs cellules, ceux-ci organisent alors la traque du sceptre, que le chef précédent a caché quelque part en Chine, pour désigner le vainqueur définitif.
C'est dans cette partie du film que Johnnie To se montre le plus virtuose. Il monte en parallèle les scènes de prison, où il exploite le potentiel graphique de la scénographie carcérale, et des scènes de poursuites et de combats en Chine, qu'il esthétise en jouant sur les mouvements de caméra, les valeurs de plans et les couleurs.
Bouclé de manière stupéfiante par une scène saturée d'échos de la mort de Fredo dans Le Parrain 2 de Coppola, Election n'appelle pas nécessairement de suite. Le film prend toutefois toute son ampleur lorsqu'il est vu avec son film frère, Election 2, dont la sortie est prévue en salles le 10 janvier. Les deux films forment un diptyque d'une grande acuité politique sur l'histoire récente de Hongkong et, par extension, sur le capitalisme.
Film chinois de Johnnie To avec Simon Yam, Tony Leung Ka-fai, Wong Tin Lam.
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ELECTION 1
Un film de Johnnie To
Avec Simon Yam, Tony Leung Ka Fai, Wong Tin Lam
Durée : 1h41
Sortie cinéma : 3 janvier 2007

L’élection du nouveau chef d’une vieille triade hongkongaise oppose deux prétendants appartenant à deux écoles bien différentes : tandis que Lok apparaît comme le successeur désigné du vieil Oncle Teng, prônant le respect des traditions et le consensus général, Big D est prêt à abuser de tous les subterfuges, de la corruption au règlement de comptes, pour convaincre les électeurs de lui donner leurs voix. Ce choc des générations ne peut qu’aboutir à une guerre des gangs…




POUR
(c) ROMAIN LE VERN

"La théorie cherche joliment des noises à l’illogisme: To n’a que très rarement réussi à maintenir cet équilibre précaire de manière aussi éclatante."

Malgré un sujet voué au sacro-saint hyperréalisme (traiter des Triades chinoises et de leurs conflits claniques en révélant les moindres secrets de leur mode de fonctionnement), Johnnie To, connu pour son sens de l’atmosphère et ses gunfights classieux, préfère se souvenir que l’absurdité drolatique est parfois la meilleure amie du réalisme glauque (un mafieux tabasse un homme avant de se rendre compte qu’il appartient au même clan que lui - celui-ci se relève sans la moindre égratignure). Ce n’est pas pour autant que le film manque de documentation ou de précision, au contraire. Situé en pleine période de la rétrocession d’Hong Kong à la Chine, Election reflète le bouleversement politique en prenant la forme d’une sarabande nerveuse et enivrante qui se soucie autant de son ambiance torve que de ses personnages corrompus jusqu’à l’os. De manière cohérente, le volet qui suit traduit de la même façon les changements survenus à Hong Kong.

A la lisière du documentaire, l’opus tourne autour d’un seul grand sujet (la rivalité, provoquée par l’élection d’un nouveau délégué au sein d’une triade) et montre des hommes qui s’écroulent sous le poids de valeurs patraques, de rituels pontifiants et des traditions usitées. La caméra de To scrute les visages impassibles, les trahisons pléthoriques, les soubassements secrets et autopsie avec calme et détermination les ferments de la jalousie et de la cruauté des hommes. Parallèlement, le cinéaste distille un sacré suspens avec un enjeu dramatique solide (quête d’un sceptre ancestral volé, garant de l’autorité dudit nouveau délégué) qui permet quelques rebondissements surprenants dont le plus gonflé reste sans conteste la scène finale à la cruauté Shakespearienne, d’une grande violence physique et morale, qui marque le retour littéral à la bestialité et l’avilissement en transgressant au passage plus d’un tabou. Les scènes les plus audacieuses (mention à celle où un homme enfermé dans un tonneau est lancé du haut d’une colline) se succèdent dans un bain de folie où la théorie cherche joliment des noises à l’illogisme: To n’a que très rarement réussi à maintenir cet équilibre précaire de manière aussi éclatante.




Dans ses meilleurs moments, le résultat, puissamment atmosphérique et farouchement singulier, évoque le Scorsese des Affranchis (Big D., le caïd atrabilaire et ingérable est un personnage foncièrement Scorsesien). En donnant l’impression de ne pas toucher à sa narration sinueuse, To raconte pourtant une histoire pas belle et pas nouvelle dans laquelle la cupidité et la rivalité peuvent conduire des gens à se détruire et, comme dans tout grand film noir bien ficelé, la morale donne envie de se flinguer. Pour ceux qui n’ont pas compris tous les enjeux dramatiques, ils ne doivent pas s’inquiéter: tout s’éclaire grâce au second volet qui donne une nouvelle occasion d’attester du talent hors pair du cinéaste. D’autant que les brusques ruptures de ton ne constituent pas une gène: elles donnent un relief étrange à ce requiem cannibale et radical. Le meilleur Johnnie To depuis The Mission.
Mon opinion : et j'irai voir la suite....

[ Last edited by  yjtata at 26-1-2007 17:21 ]
critique de chronikart

Transformer une série B en Parrain made in Hongkong relève du contresens pour un cinéaste dont la facette lyrique n'est pas la meilleure. Les deux Election disent la même chose et le racontent pareillement, sans effet de symétrie ni de fresque. L'avènement du chef d'une surpuissante triade chinoise élu tous les deux ans par ses pairs n'est que succession de calculs et de renversements d'une faction au profit d'une autre, lutte du pouvoir évidement rituelle et sanguinaire.

La marotte de l'effet de manche fonctionne parce que Johnnie To sait y faire. A défaut d'amplitude, son pragmatisme desséché délivre une verdeur certaine, disons une tenue professionnelle, au carré, maintenant l'ensemble à flot. On peut apprécier les poursuites, enchevêtrements de mises en place calculées au poil où l'action suit un mouvement de balancier, mélange de mécanique cantique et boulevardière qui atteint ici quelques sommets. Notamment la scène d'Election 1, où le sceptre promis au futur parrain est transbahuté de camion à moto, de la campagne à la ville, mille vignettes ballottées, triées et retournées comme un jeu de cartes. Voila une séquence qui synthétise la bible du petit maître croupier : quête de l'équation narrative parfaite, sous-teintes glamour (légèreté du cadre, acteurs stylés) équilibrées par un réalisme documentaire.

Malheureusement, on y constate aussi tout ce que To ne sait pas faire : se détacher d'un filmage mathématique, donner du corps, de la viande à une pellicule plate comme une limande (la séquence "gore" du 2, où le sang transpire le coulis de tomate de chez Champion et les instruments de torture ont la pesanteur de polystyrène). Il y a dans Election un recul industriel que le fard festivalier ne comble pas, une soumission au narratif pour le narratif qui interdit toute subtilité ou psychologie des personnages. Ceux-ci ne se caractérisent que par postures graphiques : Lok, ayant appris la nouvelle de son élévation au téléphone, claque des mains et regarde la caméra d'un oeil radieux, avant de se mettre à table, prêt à affronter ce qui suit en parfait Super Mario de polar. Tenable sur un film, mais pas sur deux.

Guillaume Loison

*

bon mon avis perso : beau film, mise en scène tirée au cordeau, mais le problème est le manque d'épaisseur des personnages, trop stéréotypés (big d), ou trop transparants (lok). bref, par moment, je n'étais pas loin de m'ennuyer et j'ai eu du mal à m'interresser à cette hisoire somme toute trés classique. un film un peu trop conventionnel à mon gout. dans le genre, les vieux scorcese sont nettement mieux, et une touche d'humour et de finesse aurait été la bienvenue (voir jarmush ou kitano).

oh là là , trop long, j'ai pas le temps regarde tous ~~~~
Toute fille était une fois un ange sans larme
vivant au paradis .
Elle a versé sa première larme
lors de la rencontre avec l'homme de sa vie.
Ainsi,
elle est tombée,
du ciel à la terre,
et devenue
femme.
et l'homme ne devait pas la décevoir,
car
elle a quitté sa vie au paradis,
rien que pour lui.........
Citer:
Originally posted by white_tian at 14-1-2007 20:20
oh là là , trop long, j'ai pas le temps regarde tous ~~~~
pas besoin de lire la critique et le résumé du film : tu as vu le film et tu connais l'histoire
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