Incertitudes sur les consignes de vote de Le Pen en faveur de Sarkozy
Le Figaro, 24-04-2007
Les dirigeants du parti de Jean-Marie Le Pen se divisent sur la stratégie à adopter entre les deux tours.
QUE FAIRE ? Les dirigeants du FN se sont concertés hier toute la journée pour tenter de trouver la meilleure parade après le grave revers subi dimanche par Jean-Marie Le Pen. Le bureau exécutif s'est réuni dans la matinée, le bureau politique dans l'après-midi.
La question pour les dirigeants du FN était d'abord de savoir quelle position devait prendre leur candidat pour le second tour. Question rendue très délicate par l'important recul de Jean-Marie Le Pen dans les urnes. Ce scrutin a démontré que leur mouvement n'a rien à gagner quand la droite assume avec force des options - l'État, l'autorité, la sécurité, l'identité - dont le FN s'était emparé. Le Front national a-t-il intérêt à faire battre Nicolas Sarkozy pour assurer sa propre pérennité ? À supposer que ses dirigeants le pensent, ont-ils intérêt à le dire à leurs électeurs, dont on sait qu'ils apprécient généralement l'ancien ministre de l'Intérieur, en tout cas qu'ils se sentent plus proches de lui que de Ségolène Royal ?
Comment faire, d'autre part, pour que les législatives de juin ne se traduisent pas par un nouveau recul du FN ? Vaut-il mieux, de ce point de vue, favoriser l'élection de Nicolas Sarkozy ou la contrarier ? Toutes ces questions ont été débattues hier au Paquebot et la réponse n'allait pas de soi pour les responsables du FN.
Jean-Marie Le Pen doit donner sa position pour le second tour mardi prochain 1er mai, lors du discours qu'il prononce chaque année place de l'Opéra, au terme de son traditionnel défilé. Bruno Gollnisch a levé hier un coin du voile sur ce qu'il pourrait dire. Le délégué général du Front national, interrogé sur France 2, a confirmé que le candidat de son mouvement donnerait une « indication de vote ». Se faisant plus précis, il a ajouté : « Je ne peux pas vous dire s'il donnera vraiment une indication de vote en faveur de tel ou telle, par exemple en faveur de Sarkozy. » Si elle était en faveur du président de l'UMP, elle n'irait, semble-t-il, pas sans contrepartie : « Nous allons en discuter avec lui tout au long de la semaine et peut-être poser des conditions pour imposer le respect de nos électeurs », a ajouté le délégué général du Front national.
Renvoi dos à dos des deux candidats de l'« hydre à deux têtes », selon le mot d'un membre du bureau politique, ou soutien sous condition à Nicolas Sarkozy ? Les dirigeants du FN en ont débattu hier. À supposer qu'ils choisissent la seconde solution quelles conditions poseraient-ils ? Quand on sait l'importance que le FN a toujours attachée au mode de scrutin proportionnel, notamment pour les législatives, on peut penser qu'ils demanderaient une « dose » de proportionnelle plus forte que les 10 % envisagés la semaine dernière par Brice Hortefeux, « miettes » refusées par Jean-Marie Le Pen.
Option controversée
Or, le président de l'UMP, très mécontent de la suggestion de son lieutenant, paraît décidé à refuser tout accord et toute compromission avec le Front national. Une fermeture de sa part autoriserait le FN à refuser de le soutenir au second tour. C'est une des options qui a été débattue et controversée hier, lors de la réunion du bureau politique. Le refus de toute négociation, l'appel direct à ne voter pour aucun des deux candidats, « deux faces d'un même système, l'un étant l'héritier de Chirac, l'autre l'héritier de Mitterrand », semblaient, hier, avoir la préférence des dirigeants du FN.
Les dirigeants du FN estiment qu'il n'y a pas « le feu au lac » et que les élections législatives peuvent corriger, en voix, la présidentielle. Dès dimanche soir, Jean-Marie Le Pen présentait l'élection de députés du Front national comme « la seule façon de peser pour faire appliquer la politique nationale que les Français appellent de leurs voeux ».