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Petit posté le 16-11-2007 14:34 只看该作者
Citer:LETTRE XLVII
Le mandarin Ni ou fan, au Mandarin Cham pi pi, à Londres.
De Montpellier.
Montpellier, ou je suis à présent, est plein de médecins, ce qui que ses tombeaux sont remplis de cadavres. L'air neanmoins y est pur et sain, seul avantage qu'ont les malades qui viennent s'y faire enterrer. Ils ne sont pas plutot arrivés qu'ils expirent. C'est, disent les fameux docteurs de cette faculté, qu'on n'envoie ici que des morts.
Je crois que tous les maux du monde sont rassemblés dans cette ville; et l'on peut regarder Montpellier comme le magasin universel des infirmités humaines.
Dans le premier appartement que je louai en arrivant, je me trouvai logé avec la gravelle(1). Comme je crois que les maladies du corps se communiquent, je le quittai dès le lendemain, et en choisis un autre: mais dans celui ci, je me vis avec la goute(1). J'en pris un troisieme, ou je rencontrai la pierre(1). Je deguerpis pour la quatrieme fois, et j'allai habiter avec la fistule(1). Je m'enfuis de ce dernier, mais dans mon nouveau logis, je me trouvai avec une gonorrhée(1); dont je ne m'echappai que pour aller loger avec la vérole(1).
Comme les maladies augmentaient de venin, à mesure que je changeais de logement, je pris le parri de retourner dans mon premier, préférant la gravelle, à toutes les maladies qui affligent l'humanité.
Cette faculté est en grande réputation. Il n'y a pas de valétudinaire(2) en Europe, qui ne vienne la consulter, ni de malade qui ose quitter le monde sans lui en demander la permission.
J'avais cru qu'il etait tres difficile de se faire agréger dans ce savant corps: mais rien n'est si aisé. Il suffit pour cela de faire la dépense de quelques mots de latin. Si je n'avais craint de déranger ma santé, je me ferais médecin.
Il n'arrive pas ici d'étranger un peu curieux en medecine, qui n'aile rendre visite à un fameux Esculape, qui passe pour le plus grand practicien de son siecle. Pour me conformer à cet usage valétudinaire, je me rendis chez lui. Sa maison est une veritable infirmerie. Je rencontrai sur son escalier des hieropiques(3), dans sa salle des éthiques(3), dans son antichambre des néphrétiques(3), et dans son cabinet des frénetiques(3).
Il y a apparence que le génie n'est absolument necessaire pour faire un grand medecin, et qu'on peut l'etre en depit de l'esprit. Quoi qu'il en soit, je n'ai jamais vu d'hommes si épais, et dont l'exterieur reponde moins à l'idée qu'on à d'un savant. Ce fameux Hippocrate ne s'exprime dans un aucun idiome, il ne parle que la langue des morts. Il me dit quelques mots dans le jargon de son pays(4) que je ne compris pas. Il m'accompagna ces mots inintelligibles pour moi de contorsions et de grimace, qui m'effraierent. J'abrégerai ma visite le plus que je pus; crainte de contracter chez lui quelque maladie chronique, dont j'eusse ressenti(5) les effets pendant toute ma vie. (1): une maladie
(2): valétudinaire = qui a la santé fragile
(3): des malades
(4): de sa region
(5): dont j'aurais ressenti
Ainsi parlait Zarathoustra.
(Attention, esprit libre!)
MSN: zarathoustra355@hotmail.com
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