En Inde, une scission menace la communauté tibétaine bouddhiste en exil. D’un côté, les fidèles du dalaï-lama, de l’autre les adeptes du culte Dorjé Shugden. Un reportage de Capucine Henry et Nicolas Haque.
Près de 100 000 réfugiés tibétains vivent en Inde. Un exil qui a commencé en 1959 lorsque le premier d'entre eux, le dalaï-lama, a fui le Tibet après l'invasion chinoise. Près de cinquante années plus tard, une scission semble apparaître au sein de la communauté tibétaine bouddhiste.
D'un côté, les fidèles du dalaï-lama et du culte traditionnel qu'il incarne. De l’autre, les adeptes du culte Dorjé Shugden, une déité du bouddhisme traditionnel tibétain que le dalaï-lama considère comme un démon. Ces derniers ne croient plus en leur leader spirituel et sont ostracisés par leurs pairs.
Derrière la divergence spirituelle, un enjeu politique : les Shugden sont ouvertement accusés par le dalaï-lama de soutenir la Chine et de trahir la cause tibétaine.
Des adeptes mis au banc
"Regardez ce qui est écrit : les pratiquants de Shugden n’ont pas le droit de rentrer dans ce magasin", se lamente Delegtang, un moine shugden. Depuis deux mois, à Balykoppe, son village de réfugiés tibétains du sud de l'Inde, toutes les portes lui sont fermées, à lui et aux membres de sa communauté.
"J’ai fait le serment auprès de sa sainteté le dalaï-lama de ne plus avoir aucun lien avec les pratiquants shugden, ils font du mal à la cause tibétaine", assène une commerçante.
"Le dalaï-lama est notre seul pilier, il est la seul personne sur qui l'on puisse compter", explique un moine fidèle à son chef spirituel.
En quelques mois, la ville a mis au banc une partie de sa population. Les moines shugden ne peuvent en effet plus entrer dans les commerces, les lieux publics et même dans les hôpitaux. Dans les rues, on peut voir les portraits de leurs leaders placardés sur les murs, comme des hors-la-loi.
Un discours violent du dalaï-lama
Le 7 janvier, le dalaï-lama a prononcé un discours d’une rare violence dans une université du sud de l’Inde. Devant des centaines de moines, il a fermement condamné le mouvement shugden et ses adeptes. "Je n’ai pas interdit les Shugden pour mon propre intérêt, j’y ai mûrement médité et réfléchi en mon âme et conscience."
Quelques semaines après le discours du dalaï-lama, les moines shugden ne pouvaient plus entrer dans les monastères. Le début, peut-être, d'un schisme qui pourrait exclure les quatre millions de Tibétains adeptes de cette religion.
Les moines récalcitrants se regroupent désormais à l'écart des lieux de culte. Ils sont vus comme des rebelles, des traîtres, qui ont tourné le dos à leur maître spirituel.
A la question "le dalaï-lama va-t-il vraiment réussir à interdire une religion ?", les moines répondent catégoriquement : "Il n’y arrivera pas parce que nous sommes dans le vrai". "D’un coté, le dalaï-lama parle tout le temps de liberté de religion et de compassion et, de l'autre, il nous interdit de pratiquer notre religion et nous chasse des monastères. C'est incohérent, on ne croit plus du tout en lui", témoigne l’un de ces moines.
Soupçons sur le dalaï-lama : ses démons seraient-ils plus politiques que spirituels ? Réponse à Dharamsala, au nord de l'Inde – le fief du dalaï-lama. C'est là qu'il vit, dans ce monastère, depuis qu'il a fui le Tibet, il y a 50 ans. C'est aussi là que siège le gouvernement tibétain en exil. Pour le Premier ministre, les Shugden sont avant tout des ennemis politiques, des ennemis de l'intérieur.
Amitiés chinoises
"Ils sont prêts à tuer n’importe qui, à frapper n’importe qui", affirme-t-il. Les Shugden, des assassins, mais surtout traîtres politiques à la solde des Chinois, selon les proches du dalaï-lama. "Les Shugden et les Chinois sont liés, c’est évident, poursuit-il. Les pratiquants shugden sont tous financés par les Chinois."
Le chef de la sécurité nous montre la photo d’un Shugden très influent. "Il a visité la Chine au moins deux ou trois fois, nous explique-t-il. Il est utilisé par les Chinois à des fins politiques."
Nous avons retrouvé l'homme figurant sur la photo. Il vit dans le sud de l'Inde, entouré d'une dizaine de disciples.
Il vient de déposer plainte contre le dalaï-lama devant la Haute Cour de justice indienne pour persécution religieuse. Il nie travailler pour le compte de la Chine mais ne pas cache son amitié pour le pays. "J’apprécie beaucoup les Chinois et j'approuve ce qu’ils sont en train de faire au Tibet", dit-il. Et d'ajouter "ce que nous sommes en train de vivre avec le dalaï-lama laisse facilement imaginer ce que pouvait être dans le passé son régime théocratique au Tibet. C'était beaucoup plus violent que ce que vivent aujourd'hui les Tibétains."
En Inde, les fidèles shundgen sont aujourd'hui obligés de se cacher. Derrière cette chasse aux Shugden : la peur de l'infiltration chinoise dans les rangs des réfugiés tibétains. Cette fissure pourrait s’avérer dangereuse dans le combat pour l'autonomie du Tibet.
Steff : oui pour une fois :) J'avoue ne pas avoir d'opinion sur cette scission car cela concerne les bouddhistes eux même mais bon c'est vraiment intéressant et cela montre que le manichésime et les tensions sont de mises partout.
Pour en avoir parler avec des "bouddhistes tibétain et autre" du net. (Sources à prendre avec des pincettes) :
Cette scission semble être purement politique, mais ce qui m'énerve le plus c'est que les médias français non pas profité de sa venue en France pour soulever ce problème. Mais j'ai l'impression que dans la mentalité des français il n'est pas concevable de critiqué un prix nobel de paix. A Nantes il y a eu plusieurs Manifestation des adeptes culte Dorjé Shugden environ 100 Personnes. Mais la évocation des média fut :" Passage du Dalai Lama à NANTES ....... , on souligne aussi une manifestation de 100 adeptes du culte Dorjé Shugden " Sans même expliqué pourquoi ils manifestaient.
Florian : C'est un peu le problème que tu as bien soulevé. Si on critique un peu le Dalai Lama ou si on pointe quelques problèmes alors tout de suite on est Pro-Chine et pro repression. C'est navrant mais c'est souvent catégorique comme ça.
Et souvent ceux qui le soutiennent sans n'en rien connaitre ont comme argument "comment peux-tu le critiquer c'est un Nobel de la paix"... c'est navrant.
Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison
C'est compréhensible car un prix nobel ne se trouve pas dans une boîte aux lettres ... Mais je te soutiens sur le fait que les pseudos défenseurs devraient approfondir le sujet avant...
ouai enfin y'a plein de choses qui ne se trouvent pas dans les boîtes aux lettres et qui ne sont pas défendables pour autant...
Il suffit de voir quels grand nom se sont retrouvés nommés aux Nobel de la paix (Mussolini, Staline et même Hitler), et quelles personnalités on reçu un Nobel de la paix (Roosevelt, Arafat et Kissinger)... alors que même Gandhi ni a pas eu droit, pour douter de la valeur d'un tel prix.
Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison
Comme tu dis ils ont été nommés... Après, il faut une majorité D'ailleurs BUSH avait été nommé ! On parlait même de chirac lors de sa position anti guerre pour la 2ème guerre du golf.
Je dirais que les médias font de la désinformations et quelques fois de l'information ( lorsqu'ils énoncent les résultats du championnat de France de footbal par exemple ) .