Plusieurs lectures pour un même caractère
Si chaque caractère représente une syllabe, il ne faut pas croire qu'à un caractère donné ne corresponde qu'une seule lecture. En effet, il existe de nombreux caractères dont la prononciation change selon le sens dénoté, ce qui est d'autant plus vrai en chinois simplifié, où les homographies sont plus fréquentes du fait de la simplification en question.
Selon le sens ou le contexte
On parlera d'homographes pour qualifier des syllabes différentes renvoyant à des signifiés différents mais notées par un même caractère (comme sens en français : [sɑ̃] dans « tu sens » mais [sɑ̃s] dans « le sens »).
Par exemple, le caractère 得 se prononce de quand il joue dans la phrase le rôle d'une particule grammaticale mais dé ou, de manière moins soutenue, děi, quand il représente le verbe « devoir». De la même manière, 地 se lit dì quand il signifie « terre » mais de comme particule grammaticale. Plus étrangement, 的 de se dit di dans les chansons de variété, sans que le sens ne change.
On l'a dit, la simplification entraîne des homographies : alors qu'en traditionnels l'adverbe « seulement » se dit 只 zhǐ et le spécificatif des animaux ou des éléments uniques tirés d'une paire 隻 zhī, ils sont tous deux écrits 只 en simplifiés. De fait, dans un texte en simplifiés 只 peut être lu zhǐ ou zhī, selon son sens, qui ne peut être connu qu'en contexte. Le problème ne se posera cependant pas dans un texte en caractères traditionnels. Le cas est identique avec d'autres caractères courants comme 表 biǎo « tableau » et 錶 biǎo « horloge », qui sont déjà homophones et sont devenus en plus homographes en caractères simplifiés, les deux lemmes différents étant représenté par le seul caractère 表.
Selon la place dans un lemme composé
De plus, quand ils font partie d'un lemme composé (un seul mot composé de plusieurs caractères, notion décrite plus bas) le ton des sinogrammes peut subir une altération. Le plus souvent, les caractères passent au ton léger : 子 se prononce zǐ (ton 3) la plupart du temps mais zi (ton léger) dans certains mots composés comme 兒子/儿子 ér-zi (« enfant », « fils »). D'autres changement sont encore plus importants en composition : 大 se prononce normalement dà (« (être) grand ») mais dài exclusivement dans 大夫 dàifu (« médecin »). De plus, il existe (voir plus loin) des caractères pouvant être utilisés comme suffixes et dont la prononciation varie quand ils jouent ce rôle : le caractère 兒/儿, par exemple, se prononce bien ér dans 兒子/儿子 ér-zi mais ne représente même pas une syllabe quand c'est le suffixe -er : 花兒/花儿 hūa+ér se lit hūar (à opposer à 女兒/女儿 « fille », qui se lit nǚ’ér et non *nǚr).
Seule la pratique de la langue permet de savoir, en contexte, comment prononcer un caractère.
Plusieurs caractères pour un seul sens
À l'inverse, la langue écrite marque des oppositions que la langue parlée ne connaît pas. Le cas est le plus visible avec les pronoms personnels : alors qu'il n'existe pas de genre en chinois, les pronoms peuvent, à l'écrit seulement, le marquer :
* 2e personne : 你 pour les hommes, 妳 pour les femmes, tous deux prononcés nǐ ;
* 3e personne : 他 pour les hommes, 她 pour les femmes, 牠 pour les animaux, 它 pour les inanimés, tous prononcés tā.
Ce sont les radicaux utilisés qui précisent le genre : 人, radical de l'homme pour le masculin, 女, celui de la femme pour le féminin, 牛, du bœuf pour les animaux et directement 它, forme modifiée du serpent, pour le reste.
En fait, ce sont des distinctions secondaires que la langue ancienne ne pratiquait pas (elle en pratiquait cependant d'autres, aucune n'opposant les genres), introduites récemment par imitation des langues occidentales. De ces oppositions artificielles, seule celle entre 他 et 她 est courante. 它 est beaucoup plus rarement utilisé. Quant à 牠, il ressortit surtout à la langue littéraire.