Prénoms et noms propres étrangers
On comprend pourquoi il n'est pas possible d'écrire facilement des prénoms et noms propres étrangers en chinois. Il faut, de la même façon, soit les traduire (ce qui est bien plus difficile) soit les transcrire phonétiquement (en choisissant des caractères qui en rappellent la prononciation, avec toutes les difficultés phonétiques inhérentes aux langues chinoises en prenant garde à ce que le résultat renvoie à un sens positif voire propitiatoire, ou du moins qui ne soit pas ridicule. Par exemple, Lucie (étymologiquement liée à la lumière, lux en latin), pourrait devenir :
* traduction : 明朗 Mínglǎng « clair, limpide » (sans aucun lien avec le signifiant [lysi]) ;
* transcription : 旅細 Lǚxì, prononcé [lyɕi] ([si] n'étant pas possible en mandarin) et signifiant à peu près « le chemin est raffiné ».
Quand le nom propre ou le prénom à traduire appartiennent à un domaine plus large (noms des hommes célèbres, par exemple, ou de pays étrangers), la traduction est officielle et ne peut être choisie par le locuteur. C'est le plus souvent une transcription, dans laquelle les caractères utilisés phonétiquement, bien que vidés de leur sens, peuvent être choisis pour leurs connotations évocatrices et laudatives. Ainsi, le nom de la France est 法國/法国 Fǎguó, celui de l'Allemagne 德國/德国 Déguó et celui de l'Angleterre 英國/英国 Yīngguó. Dans ces trois noms étrangers, le deuxième caractère, 國/国 guó signifie simplement « pays » (on a là encore un autre type de transcription). C'est le premier qui donne un indice phonétique : /fa/ pour F(r)a(nce), /dɤ/ (prononcer entre de et do en français) pour Deu(tschland) et /iŋ/ pour Eng(land). 法, 德 et 英, cependant, signifient dans d'autres contextes, respectivement, « loi », « vertu » et « bravoure ». La traduction virtuelle de ces noms de pays, à laquelle il n'est pas possible de ne pas penser car, outre 英, les autres caractères sont d'un emploi assez fréquent, serait alors « pays de la loi », « pays de la vertu » et « pays de la bravoure ». Les noms d'hommes célèbres n'échappent pas à ce mécanisme : Victor Hugo est transcrit par 雨果 Yǔguǒ (prononcer à peu près u-kouo), virtuellement : « fruit de la pluie », et De Gaulle par 戴高樂/戴高乐 Dàigāolè (à peu près taï-kaou-leu), « respecter la grande joie ». Il est évident que ces traductions n'ont aucun sens en soi : elles restent du domaine de la connotation.
Dans de nombreux cas, cependant, on utilise des caractères dont le sens virtuel est entièrement gommé, voire des caractères purement phonétiques : si le Yemen est rendu par 也門/也门 Yěmén qui, traduit, n'a plus aucun sens évocateur (« aussi » et « (la) porte »), l'Arabie saoudite se dit 阿拉伯, Ālābó, où 阿 n'a pas de sens et les deux suivants signifient, dans d'autres contextes, « tirer » et « frère aîné du père ».
Plus récemment la traduction de noms de marques étrangères est devenu un enjeu commercial majeur, marqué par le double impératif phonétique/sémantique. La chaîne de distribution française Carrefour est par exemple devenue 家乐福, jialefu, qui signifie « maison joie bonheur ». Toutefois, la traduction intégralement sémantique est parfois choisie, comme pour la chaîne d'hôtels My home, dont le nom est traduit en chinois par 如家, « comme chez soi ».